Pia Le Cannu

Yoga spirit

yoga
« J’ai découvert sur mon visage un sourire que je n’avais pas eu depuis très longtemps. » Quand la jeune working woman, Pia, croise le chemin du yoga, c’est un apaisement instantané et un appel à l’enseigner. Rencontre...zen.

Par Claire Bonnot

Le rythme parisien frénétique, l’étourdissement dans le boulot et la non-écoute de son corps ont poussé Pia Le Cannu à s’aventurer dans l’univers d’une pratique sportive adepte du mens sana in corpore sano : le yoga. Solaire, passionnée et désireuse de transmettre cette nourrissante philosophie de vie, la professeure de yoga trentenaire offre d’entrer dans l’univers tant recherché de la connaissance de soi et du bien-être absolu. Un voyage intérieur à mettre sur le tapis.

Tu as d’abord été attachée de presse avant de te consacrer pleinement au yoga comme pratiquante et, très vite, comme professeure. En quoi le yoga a été une évidence dans ta vie ?

Je prenais mon travail très à cœur, jusqu’à m’oublier. C’est mon corps qui, stressé et noué, m’a demandé de revenir à une attention plus clémente envers lui, c’est ainsi que j’ai commencé le yoga.

Auparavant, ma pratique du sport avait toujours été très énergique, presque explosive : j’ai grandi en pratiquant le karaté – mes trois frères m’ont rendue bien dynamique ! Puis j’ai fait de la boxe thaï, durant une courte durée, mais qui a été très importante dans ma vie. En démarrant le yoga, j’ai eu la chance de tomber sur des professeurs dont les enseignements m’ont tout de suite parlé. Ce qui m’a plu avec cette discipline, ça a été de trouver le lien entre mon corps, mon souffle et mon esprit. J’avais besoin d’être à l’intérieur de moi. De trouver que dans mon corps, limité par essence, il y avait quelque chose d’absolu.

Grâce à une amie danseuse et adepte de yoga, j’ai commencé une formation en 2015-2016 à l’issue de laquelle j’ai donné un cours test aux autres élèves. J’ai découvert sur mon visage un sourire que je n’avais pas eu depuis très longtemps. C’est à partir de là que j’ai senti que je devais me lancer en tant que professeure de yoga.

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Tu es une toute jeune maman et tu enseignes le yoga avec ton compagnon à Paris depuis quelques années et, désormais, à Biarritz où vous avez décidé de vous installer. Comment abordez-vous le yoga dans vos cours  ?

Quand nous nous sommes rencontrés avec mon compagnon, Kamel – qui est aussi docteur en anthropologie -, nous nous sommes rendus compte qu’on avait la même façon de voir le yoga  : cette attention pour les mots et de réelles réflexions sur nos enseignements. Par exemple, comment faire pour désexualiser ses élèves – à 98% des femmes – quand on est enseignant, afin qu’ils ou elles trouvent un espace de non-jugement. Femmes ou hommes, notre regard et nos paroles doivent créer un sentiment de sécurité, en tout point.

Nos enseignements se complètent alors on fait nos retraites ensemble. Avec son sens de la pédagogie, Kamel fait éclore de vrais éclats de joie chez ses élèves. Pour beaucoup d’entre nous, faire un équilibre sur les mains est un véritable défi. Kamel amène les postures d’inversions avec beaucoup de légèreté, on s’y essaie dans les bonnes conditions, c’est très libérateur  !

De mon côté, en plus de séquences de mouvements, je pratique le chant et des exercices de respiration. Le fait de chanter libère de l’ocytocine, l’hormone du bonheur. À l’unisson, dans un cours, ça libère des émotions pures. Pour mon accouchement, j’ai moi-même employé cette méthode en appuyant sur les notes graves car elles permettent l’ouverture du bassin.

Que souhaites-tu transmettre au travers d’un cours de yoga ?

Dans mon expérience, le yoga donne du sens à la vie car je me sens traversée par quelque chose de plus grand. Je crois que c’est partagé par beaucoup, et c’est pour cela que l’engouement est fort. De là, on se défait du carcan matériel, parfois psychologique, qui fait que nos « moi » sont si forts. Pour les femmes, comme pour les hommes, par exemple, ca peut être de se défaire des constructions de la société comme la course à la consommation, en développant une agréable sensation de contentement. Cela peut paraître fou, mais c’est vrai  !

 Tout cela nécessite du temps, le bon enseignant et les bonnes dispositions chez les élèves. En tant que professeur, mon but est d’incarner mon enseignement, qu’il ne soit pas que mots  : en étant moi-même la plus libre possible, avec un corps et un esprit dénoué, alors les élèves pourront me trouver légitime.

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Qu’est-ce que le yoga peut apporter quand on est une femme ? Et pour toi-même, depuis que tu as connu l’expérience de la grossesse ?

Comme je viens de donner naissance, je suis en grande réflexion par rapport à ces questions. Je me suis formée à la méthode de Gasquet afin d’enseigner le yoga avant et après la naissance en février 2019 et il se trouve que je suis tombée enceinte en mars.

En fait, la femme enceinte a un pouvoir de transmission et un pouvoir hormonal qui est immense. Dans les cours de yoga prénatal que j’ai pu donner, les femmes enceintes m’ont énormément aidée dans ma propre grossesse simplement par leur présence. Je crois que le yoga permet d’être disponible au fur et à mesure de la pratique  ; on peut mieux vivre les expériences. Et l’on va être de plus en plus capable de demeurer dans l’état du yoga qui est un état d’apaisement. Lorsque j’ai commencé le yoga, j’ai été surprise de constater que je pouvais prendre le métro et ne plus me sentir agressée par le bruit, les mauvaises ondes etc…

En tant que femme, ce qui m’intéresserait serait de créer des cercles féminins de manière à établir des transmissions intergénérationnelles. Un temps de parole entre femmes – enceintes ou pas, enfants, adolescentes ou plus âgées – qui permet d’ouvrir la porte vers un monde insoupçonné et empli de richesses.

Le yoga n’est donc pas un sport mais plutôt une philosophie de vie ?

Oui, je n’appelle pas ça un sport mais une « pratique », pour l’esprit et pour le corps. Par le mouvement, le silence, on va tenter de donner moins de place au soi (ego) et plus au Soi (le vivant).

À mon sens, le yoga, c’est un retour à soi, aux origines du Soi, un Soi qu’on a oublié. Prenez un enfant qui se pose sur la neige et qui fait l’ange en battant des bras, il retourne à l’horizontalité, au contact avec la matière. Dans notre société, quand on est adulte, on ne s’allonge plus par terre… Et en yoga, ce qu’on appelle le « savasana », la dernière posture quand on se met sur le dos, c’est un voyage génial  ! Pendant ou après les pratiques, quelque chose se passe dans l’esprit, des dénouements se font car on est un tout. Les  Anglophones ont bien résumé ça avec l’expression « Mind Body Spirit ».

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Il ne devrait donc pas y avoir de course à la performance comme dans certains sports…

Dans un cours, on peut tourner le regard vers son intériorité, sa sensorialité, pour que la comparaison cesse. Mais c’est certain, il est complexe de ne pas s’évaluer. C’est d’ailleurs le côté négatif d’Instagram où l’on voit fleurir les posts bien léchés sur le yoga. On a vite fait de se décourager quand on ne parvient pas à faire les postures que l’on voit fièrement affichées.

À son origine, le yoga veut tendre vers l’effacement de l’ego, or notre société vit sur l’image, ce qui nous donne bien du fil à retordre. Instagram en est la preuve, la communauté yogi – et j’en fais partie – se met en scène pour publier ses postures.

Dans mes cours, je tente d’accorder une grande importance à ce qui s’appelle «  les variations  » : quand une posture ne t’est pas confortable, tu prends un bloc pour t’aider, par exemple. Et ce même matériel peut aussi fonctionner pour aller plus loin dans la posture, si ton corps le permet. Ainsi, plusieurs niveaux cohabitent en classe et chacun y trouve son compte.

En fait, il faut chercher le cours qui nous convient, chacun a ses affinités et chacun a son propre chemin. Ce que j’explore dans mes pratiques, c’est un yoga respectueux du corps. Et cela ne va pas de soi. J’ai vu mon enseignement changer au fur et à mesure de mes différentes formations, en prenant un peu plus conscience de la diversité des corps. Je crois qu’on ne peut attendre de tous la même chose, et c’est très bien comme ça !

Lors d’une formation que j’ai suivie sur la «  périnatalité  », l’intervenante, Liliana Lammers, doula (une femme qui propose un accompagnement émotionnel, affectif et physique pendant la grossesse et après l’accouchement, Ndlr) depuis plus de vingt ans, a dit quelque chose qui est resté gravé en moi : quand elle reçoit des femmes enceintes, son objectif est tout simplement que celles-ci se sentent mieux qu’à leur arrivée. Ainsi, elle formule cette question : dans quel état émotionnel je laisse la personne en face de moi ? Quelle réflexion forte et tournée vers l’autre ! J’essaie depuis d’en faire ma ligne de conduite en tant que professeure. J’espère y arriver !

Le Yoga à l'origine

D’après les premiers textes du yoga (les Yoga Sutras), cette pratique consistait vraisemblablement en une seule et unique posture : l’assise en tailleur. Pour une raison simple qui est que ces premiers yogins visaient la cessation de l’activité, la mise au repos.

C’est beaucoup plus tard, entre le XVème et le XVIème siècle, qu’ont été introduites certaines des postures que l’on pratique encore aujourd’hui. Mais c’est véritablement au XXème que le yoga postural moderne s’est développé avec la rencontre des sports occidentaux installés dans l’Inde coloniale.

Les postures n’ont donc pas toujours été l’élément premier. L’étude des textes et le chant prévalaient.

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Les accompagnements yoga de Pia Le Cannu

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Pour accompagner mes cours et me nourrir, je peux revenir aux Yoga sutras de Patanjali, et, très souvent, comme je pratique la méditation, je m’aide des images de la poésie de Jules Supervielle.

Je conseille aussi Les Maîtres des Upanishads de Ysé Tardan-Masquelier, une nourriture sublime pour l’esprit et pour toucher à la philosophie du yoga, ainsi que La Philosophie comme manière de vivre, de Pierre Hadot.

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